Les équidés du palais de Kublai Khan | Sebald

Souvenir d’une étude sur le poète Swinburne

 

Dans une étude sur Swinburne, je me rappelle avoir lu qu’il avait cru voir briller une lueur verte très loin, à la surface de la mer, alors qu’il visitait le cimetière d’All Saints par un beau soir d’été, en compagnie de Watts Dunton. Cette lueur, aurait-il dit, lui rappelait le palais de Kublai Khan qui avait été construit sur la place du futur Pékin à l’époque même où Dunwich était devenu l’une des plus grandes communes du royaume d’Angleterre. Si je ne m’abuse, il était question, dans ladite étude, de la manière dont Swinburne, ce soir-là, avait décrit à Watts Dunton les moindres détails afférents à ce palais de rêve : le mur d’enceinte blanc comme neige et long de plus de quatre milles, les arsenaux fortifiés bourrés de harnais, de selles et d’équipements de toute sorte, les entrepôts et les chambres fortes recelant les trésors, les écuries abritant d’interminables rangées de chevaux d’une beauté sans égale, les salles de fêtes où il n’y avait place pour plus de six mille invités, les appartements, le parc animalier avec l’enclos aux licornes et la montagne haute de trois cents pieds que le khan avait fait élever en guise de belvédère du côté nord.

 

W. G. Sebald, Les Anneaux de Saturne, Paris : Gallimard, coll. folio, 2007, pp. 209-210. Traduit de l’allemand par Bernard Kreiss.

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