Souvenirs équestres | P. Morand

Entre revue d’équitation et chansonnette désopilante, les souvenirs de jeunesse militaire du Commandant Gardefort alors aspirant à Saumur

 

Sur la place encadrée de platanes, l’École dépliait son fronton à l’antique, prolongé à gauche par l’Hôtel du Commandement et par le mess. […] C’est là qu’il avait joué vers 1902 une revue de fin d’études. Les couplets, qu’il avait oubliés dans son âge mûr, lui revenaient en mémoire, au seuil de la vieillesse :

Debout, chevaux de débourrage
Le jour de gloire est arrivé !

Et le refrain, toujours sur l’air de La Marseillaise :

Debout, jeunes chevaux
Pétez du vitriol
Ruez, mordez ! Voici le jour
De rompre vos licols !

Elle était impayable cette revue, avec Carléon qui faisait Pluvinel, le grand écuyer de Louis XIII ; on l’amenait dans son cercueil, la barbe étalée sur sa fraise, et il déclamait on ne sait plus quels vers dans le galimatias poétique de l’époque, genre Cyrano. La tirade finissait ainsi :

Je suis grand écuyer de toutes les planètes,
Je chevauche un bel astre à la crinière d’or…

Promotion Fez : Cailloux, Fleurieu, Lucenar, Carléon, Saint-Chabrais, tous ceux qui, avec lui, coupaient joyeusement la nuit les amarres des bateaux-lavoirs municipaux qu’on retrouvait le lendemain échoués du côté d’Angers… Leurs chambres d’aspirants, où ils s’entassaient pour travailler la topographie et la tactique ; les bottiers célèbres chez qui il fallait d’abord prendre un numéro d’ordre ; les exercices d’hiver au manège Kellermann, alors éclairé au gaz, les sabres pointés sur les mannequins, le travail à la lance, le trot sur les carrés, le pilage de poivre, la récitation, sans reprendre souffle, de la généalogie des pur-sangs, les vieux effets revendus à la fin des classes…

 

Paul MORAND,  Milady suivi de Monsieur zéro [1936], Paris : Gallimard, coll. L’Imaginaire, 1992, pp. 42-44.

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3 commentaires

  1. Les grands esprits se rencontrent car c’est le livre choisi pour mon futur post dans la rubrique « la sélection de Lolotte ». J’ai beaucoup aimé ce livre même si en parallèle il peut parfois être dérangeant…

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    1. Héhé :) Oui il y a des passages superbes mais en même temps une fin tragique (inspirée de faits réels) et une image de la femme… (et encore ça reste soft vu la misogynie du bonhomme)

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      1. C’est vrai pour la misogynie! Ça m’a choquée 😲 aussi mais en même temps, tu sens que le mec n’aime qu’exclusivement sa jument qui est quasi sa femme… Bref, une pointe d’ anthropomorphisme!

        Aimé par 1 personne

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