[Portrait] Jean-Pierre Madoz, auteur et organisateur

Jean-Pierre Madoz, auteur d’un essai sur l’équitation et organisateur d’un événement équestre

Il se présente lui-même fièrement comme un « physicien qui a mal tourné » puisqu’il s’est finalement orienté vers le management de la qualité et des projets. Sans pour autant avoir consacré sa vie professionnelle à l’art équestre, il a été à l’origine de l’événement « Cheval Musique » (Jouques, 1989-2000) et participe actuellement à l’organisation de la quatrième « Journée des arts et métiers du cheval » qui se tiendra le samedi 9 septembre 2017 à Jouques. Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages dont un sur l’équitation intitulé Vers le Centaure : pratiques équestre durables. 101 Questions pertinentes (JP Madoz, 2010) et publié sous le pseudonyme Camille Damoiseau.

 

VIE ÉQUESTRE

Présentation & parcours équestre

Comme je me plaisais à le dire à mes élèves en management de la qualité à l’Université Aix Marseille II dans les années 2010, je suis « l’enfant de l’amour et de la paix ». J’ai été conçu pendant la dernière guerre, et j’ai eu la chance de ne pas en vivre une autre. Tout ça pour faire comprendre aux plus jeunes… que nous sommes en paix, et qu’il faut faire des efforts permanents pour y rester.

Gamin, mon premier contact avec le cheval a été avec les Percherons, aux confins de la Beauce et du Perche. Ensuite j’ai découvert l’équitation assez tardivement, à 23 ans à l’UCPA à Ségonzac en Corrèze puis j’ai pratiqué à St Aubin dans l’Essone. Dans le midi fin des années 80, après une interruption, j’ai repris avec Rahani mon premier cheval qui m’a fait devenir plus responsable…devenir « propriétaire » et m’entraîner vers la compétition. S’ensuivent durant les années 90 les séances d’entraînement, dressage, obstacle…de stages (H. Arianoff), de concours. Les années 2000, furent de transition…abandon de la compétition, tout en continuant à monter mon dernier cheval Dianisos, mis à l’arrêt/retraite fin 2010, et à fréquenter les clubs équestres.

Votre formation scientifique a-t-elle influencé votre pratique équestre, et réciproquement ?

Je pense qu’effectivement ma formation scientifique a influencé ma pratique équestre. Tout d’abord se sortir du monde abstrait, je suis physicien de formation, pour aller vers la nature m’a implicitement, au gré de mon parcours de vie, orienté vers le cheval. Sans plus, cela aurait pu être un autre sport.

Inversement, le cheval m’a permis d’acquérir des qualités morales, humaines. Il m’a surtout permis de prendre confiance en moi, et de développer mes capacités d’écoute des autres. En particulier sur ce dernier point, au cours de ma vie professionnelle, je me suis orienté vers « l’Audit des systèmes de management »…impossible de pratiquer cette activité sans être « à l’écoute » ! J’en ai même écrit plusieurs livres publiés à l’AFNOR.

Merci cheval !

Vous montez à cheval depuis presque 50 ans : quelles évolutions dans le monde du cheval avez-vous constaté ? 

J’ai tout d’abord monté à cheval à l’époque des « degrés ». Ma meilleure expérience remonte aux années 70, où j’ai pu monter à cheval avec l’instructeur W. Simon, qui nous donnait un support écrit « Principes généraux d’équitation » qui nous servait de base d’une leçon à l’autre (niveau 2e degré). Chaque semaine, il fallait apprendre l’exercice avant de le pratiquer. On avait les tenants et aboutissants. Nous montions des chevaux d’école mis. Durant les années 2000, la fréquentation des clubs équestres m’a permis d’observer les pratiques des élèves, des encadrants, des nouvelles approches : éthologie équine, saddle fitting…stages.

Ce que je constate, c’est principalement :

Les chevaux d’école dans les clubs se font rares…de plus en plus. L’enseignement de l’équitation était à l’ancienne…les instructeurs sortaient de Saumur, maintenant c’est moins carré.
Tout est fait maintenant pour encourager le cavalier à avoir sa monture personnelle, et donc rentrer dans « l’économie équestre » encore plus fort…notamment au travers de la compétition (écuries de compétition). Les clubs peuvent être des « pièges à pensions », y compris pour des « cavaliers un peu justes ». Ceux qui refusent ce système, achètent un « cheval de compagnie », le mettent chez soi, parfois en club….mais l’utilisent souvent mal. Ils font appel à des intervenants chez eux. Ils se retrouvent parfois dans un cercle non vertueux ! Bien souvent le « cheval propriété », est devenu un « cheval Week-end » souvent par manque de temps des actifs…son emploi du temps est mauvais.
La très forte féminisation …on est passé de 20/30 % de femmes dans les années 70…à 80 % si ce n’est plus, maintenant. C’est plutôt encourageant pour elles, avec le « piège du maternage omniprésent », qui se manifeste dès le poney club.
Le marché des chevaux semble saturé, les maquignons semblent avoir disparus. Dixit un maréchal ferrant, la crise de la vache folle a entraîné un assainissement des piquets de chevaux dans les écuries (départs à la boucherie de certaines carnes…si si ça existe !)…à méditer
Les compétences de la filière cheval se sont élargies, elles sont bien souvent de qualité (selliers en particulier, équipements, mors…) notamment en France. A contrario on observe maintenant des intervenants de tous poils, dont les compétences ne sont pas reconnues, ou demandent à l’être… ils sont légions sur les réseaux sociaux. Certaines pratiques professionnelles (commissions lors d’achats de chevaux, matériels …) méritent toujours d’être très vigilant du point de vue de l’utilisateur.
Les phénomènes de mode sont plus fréquents…plus apparents (marques, vêtements, équipements…), appels aux chuchoteurs, intervenants, coachs.

Que pensez-vous de la filière équestre actuelle ?

L’enseignement des galops me paraît bien encadré (manuels)…à condition d’avoir de bons enseignants. C’est de ce côté qu’il existe à mon avis des marges de progrès très importantes. Une mention particulière concerne la sécurité. Que dire d’un système qui n’est pas capable d’enseigner les rudiments des parades naturelles à mettre en œuvre pour amoindrir les conséquences d’une chute. Au judo, cela fait partie du cursus !

Je pense qu’il faut que le cavalier cherche à devenir plus autonome. Il doit engranger de l’expérience et se sentir suffisamment conscient de ses limites et des opportunités pour orienter son « projet Centaure », compte tenu des nombreux risques voulus ou non que la filière lui réserve. Il faut qu’il ait recours à une vision externe (concours, stages…). Comme dans toute société, vie professionnelle, le « management par la médiocrité » menace aussi le futur cavalier, les chevaux qu’il va monter. À lui de s’en départir.

 

OUVRAGE

Camille Damoiseau (pseudonyme de J.-P. Madoz), Vers le Centaure : pratiques équestre durables. 101 Questions pertinentes (JP Madoz, 2010)

Le Centaure s’inscrit implicitement dans notre imaginaire de cavalier. L’une de ses plus belles images, c’est celle de la complicité sublimée du Centaure Champion. Décrire l’environnement sociologique du cavalier à la recherche de son projet équestre Centaure, des risques associés au sein de la filière cheval, tel est le parcours proposé par Camille Damoiseau. Ainsi des fondements des chevaux et des humains, leur rencontre, la découverte, l’initiation, le perfectionnement et sa quête, s’inscrivent dans un processus de Centaurisation, si cher à l’écuyer Michel Henriquet. Les attentes du cavalier sont abordées, et bien sûr le fusionnel Centaure, avec en filigrane, selon Bartabas, l’instinct du cheval omniprésent par rapport à l’intelligence humaine. (Quatrième de couverture)

Pourquoi avoir utilisé la figure du centaure pour aborder l’art équestre ?

C’est simplement la vision idéalisée du relationnel Humain-Cheval. C’est « l’Esprit Centaure » suggéré par l’écuyer M. Henriquet, et repris maintenant plus largement. Il s’inscrit tout simplement dans notre imaginaire de cavalier, étendu au cheval.

En tant que non professionnel du monde du cheval, qu’est-ce qui vous a poussé à écrire sur les pratiques équestres ? Pourquoi avoir publié à compte d’auteur et sous un pseudonyme ?

Cet ouvrage Vers le Centaure est le cinquième de mes livres. En effet j’ai publié trois ouvrages que je qualifie de « professionnels », issus de mon expérience des systèmes de management, qualité, projets, audits…publiés à l’AFNOR. Ils sont réalisés sous forme de questions/réponses, dans la collection « 100 questions pour comprendre et agir ». Ils sont bien sûr publiés sous mon nom : Jean-Pierre Madoz. Pour l’ouvrage Vers le Centaure, j’ai voulu impérativement le publier dans le même esprit : questions réponses. Bien sûr impossible de le publier à l’AFNOR. J’ai essayé d’autres éditeurs…sans succès. Dans ce cas il ne reste plus que le compte d’auteur. En fait j’ai trouvé un imprimeur, je me suis chargé du reste (maquette, enregistrements..etc). Pour le nom ou plutôt pseudonyme, pour éviter une confusion des genres, j’ai choisi Camille comme le prénom de mon père, et Damoiseau comme le nom de famille de ma mère. C’est une façon de leur rendre hommage.

Ma relation aux écrits m’a permis aussi de m’encourager à capitaliser mes expériences, pour les transmettre, professionnelles, mais aussi équestres, au travers de la publication de livres. C’est en écrivant mon ouvrage « Vers le Centaure » que je me suis constitué une bibliothèque équestre (180 livres).

Pour revenir au fait que je ne sois pas professionnel, j’y vois surtout le fait de donner la parole à un utilisateur de la filière cheval, pour alerter, motiver les futurs ou actuels pratiquants de cette filière. C’est une façon aussi de capitaliser et transmettre une expérience d’utilisateur de la filière. En fait c’est une démarche analogue à la démarche 2.0 du monde virtuel, en particulier des réseaux dits sociaux qui permet à chacun de pouvoir s’exprimer, mais dans ce cas de façon très structurée. Il n’y a pas que les « sachants » qui ont le droit de s’exprimer !

Vous avez choisi de reprendre la forme de questions réponses pour cet ouvrage, quels avantages y trouvez-vous ?

Tout d’abord, ce format de questions/réponse c’est comme une sorte d’interview. C’est comme si on me posait des questions à la radio et qu’il faut répondre rapidement et clairement. En fait les réponses sont structurées souvent en 4 volets : un bref commentaire de la question ; un développement…c’est le corps de la réponse ; une analogie hors du champ de l’ouvrage ; une phrase de conclusion. Ensuite il y a l’enchaînement des questions réponses, le fil de lecture. Comme le dit D. Pennac et je le cite : « Ce sont rarement les réponses qui apportent la vérité, mais l’enchaînement des questions ». À l’issue de l’exercice, l’auteur n’est plus le même, c’est comme une autre œuvre, un tableau, un projet industriel…. Il a progressé. On espère de même pour le lecteur.

Quels sont les ouvrages dont vous conseilleriez la lecture ?

Il y a différents types d’ouvrages qui concernent le cheval et l’équitation. Je vous propose une liste très épurée tirée de ma bibliothèque :
Arts : Chevaux, Arthus Bertrand & Gouraud (Chêne, 2003) ; Gauchos, Sessa & Güiraldes (Sessa, 2001) ; Propos sur des croquis équestres, Oliveira & Sauvat (Belin, 2001)
Culture : Danse avec ton cheval d’ombre, Chris Irwin (Diable Vauvert, 2015)
RomansL’École des centaures, Pradier (Rocher, 2004) ; La Main blessée, Grainville (Points, 2006)
Pédagogie : Équitation. Pour une pédagogie naturelle, Laurent Cresp (Amphora, 2001)
TechniqueTout pour le bien être du cheval, Thomsen (Belin, 2008) ; Dresser c’est simple, D’Orgeix (Belin, 2007)
Sociologique : Vers le Centaure, Damoiseau (auteur, 2010)

 

ÉVÉNEMENT


La quatrième Journée des arts et métiers du cheval a pour thématique les peuples cavaliers et plus particulièrement la légende du Gaucho.

L’événement se déroulera le samedi 9 septembre 2017 à Jouques (13) près d’Aix-en-Provence. Pour plus d’informations voir la Page Facebook de l’événement ou le site de Jouques (N.B : L’appel à candidature pour les exposants est encore d’actualité.)

Au programme :

Défilé des chevaux dans le village, bénédiction dans le grand pré, exposition, conférences sur l’Argentine et les gauchos, démonstrations équestres – maréchaux ferrants, ostéopathe et dentiste équins – tour à poneys pour les petits, démonstration de tango, la troupe de « Chaps et de ses gauchos » avec leurs chevaux Criollo.

Le programme de cette nouvelle édition met à l’honneur l’équitation gaucha, que peut apporter selon vous l’équitation de travail des gauchos d’Amérique latine à des pratiquants français orientés sport & loisirs ?

C’est un choc culturel. L’esprit centaure pourrait y être mis à mal ! En fait l’équitation Gaucha…c’est comparable à l’équitation dite de travail, comme peut l’être la Doma vaquera Andalouse, l’équitation Camarguaise, l’équitation Américaine de travail pour le tri de la bouvine, adaptée au terroir Argentin et sa rudesse.

Cette journée comportera des démonstrations typiques, telle la « tropilla » …qui consiste à conduire des chevaux en liberté avec une jument de tête. Il y aura aussi un « pas de deux » sur la musique Tango …et peut être avec un couple de danseurs de Tango. Le programme sera animé par Chaps qui viendra de Cuges les pins où il a monté un ranch équestre avec des chevaux argentins. C’est lui la tête d’affiche du programme…on aura sans doute de belles surprises. L’ambiance musicale sera assurée par une école de danse Argentine. À la salle du Réal, j’aurai le loisir de présenter une conférence sur mes randonnées équestres en Argentine, du côté de Mendoza, et Neuquen pays des araucarias. Alfonso Rodriguez, Uruguayen fera lui une conférence sur l’équitation Gaucha. Il est par ailleurs enseignant équestre à Marseille d’équitation classique, il saura faire le lien.

Pouvez-vous nous décrire les ‘coulisses’ d’un événement équestre ?

Tout part de l’idée du projet. Le titre, son intitulé revêt une importance considérable. À Jouques nous l’avons d’abord baptisé « Cheval musique »…illustration équestre de la fête de la musique (en 1989). C’était aussi en accord avec la ville puisque je faisais à l’époque partie du conseil municipal. La ville est demandeuse d’avoir un événement important qui la caractérise. C’était le cas à l’époque…ça le reste.

Ensuite il faut trouver une équipe, des financements…s’attirer les grâces des services municipaux. Tout se prépare un an à l’avance. Maintenant pour la « 4e Journée des Arts et Métiers du Cheval » ce prochain 9 septembre à Jouques, nous bénéficions d’un bon retour d’expérience. En fait il faut surtout identifier qui fait quoi, et responsabiliser les membres actifs du Comité d’organisation. Nous sommes une petite douzaine maintenant. Le rôle à chacun est de démultiplier sa propre action en faisant appel à d’autres membres bénévoles pour le jour J. C’est la chasse aux bénévoles! Nous faisons régulièrement des réunions de coordination du projet (environ une fois par mois). La convivialité est de mise.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite lancer un événement équestre ?

Il faut avant tout donner du plaisir au public, aux participants. Il ne faut surtout pas « se faire plaisir…uniquement », il faut élargir au public, aux non initiés, aux parties prenantes. Les enfants, les grands-parents, les parents, bref tout le tissu social d’un village doit pouvoir y être associé, pour le plaisir des grands, moins grands, de façon intergénérationnelle.

On ne peut organiser que si on très heureux de recevoir du monde…

L’accès gratuit est de mise…ensuite libre au public de consommer ou non à la buvette, au repas spectacle. Qu’on le veuille ou non la dimension économique n’est pas à occulter, même si on obtient des subventions, des dons avec des partenaires.

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2 commentaires

    1. Bonsoir,

      Des réponses bien venues je pense ? Elles condensent un témoignage sur l’évolution de l’équitation, une attention envers la transmission & l’apprentissage et une inclination au partage qui me paraissent utiles car propice à la réflexion.

      Je vous souhaite une belle Journée des Arts et métiers (et j’espère du beau temps !)

      HT

      J'aime

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