Instantanés équins | S. Nauleau

 

Bâiller de voir bâiller un cheval. Et rebâiller rien que d’y penser. Avez-vous jamais vécu   cela ?

Plonger les doigts dans l’orge du matin, après l’avoir aplatie avec application comme si votre bonne étoile en dépendait. Aussi tiède et douillette qu’un linge sortant du fer à repasser.

Découvrir une coccinelle cachée dans la crinière, et se souvenir que les crinolines aussi y ont pris leur envol.

Faire friser un fond de son de blé en vitesse, en l’humectant à peine.

Se demander comment les chevaux peuvent raffoler des chardons et du sanfoin qui pique, quand vos paumes mettent des jours à se remettre d’une écharde invisible.

S’interrompre en pleine écriture parce que vous avez promis la veille à votre retraité de lui faire un paddock de fortune en tendant deux longes dans un coin d’herbe neuve, puis revenir poser vos mains qui sentent le cheval sur l’azerty.

 

Sophie NAULEAU, La Vie cavalière, Paris : Gallimard/ nrf, 2015, pp. 121-122.

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