Les Centaures actuels

Dans les coulisses du monde du cheval du XIXe s. et de ses centaures

« Les Centaures actuels.

Nous avons déjà dit le rôle du cheval dans notre société. Celui du sportman ou centaure n’est pas moins important.

Le centaure est généralement un élégant fils de race, comme le cheval de course est un élégant fils de famille. Il est le chef de file du monde comme il faut, le critérium de la bonne compagnie masculine. C’est lui qui a succédé aux beaux, aux robins et aux roués d’autrefois ; grâce à lui, l’élégance européenne a changé de nom et de symbole : de talon rouge qu’elle était autrefois, elle est devenue talon éperonné.

Aujourd’hui on devient aisément femme à la mode, — il ne s’agit pour cela que de duper plus ou moins bien deux ou trois financiers. — On devient aussi un homme a bonnes fortunes, — quelques ridicules suffisent. — Mais devenir centaure n’est pas aussi facile. — Il s’agit de posséder à fond la science du bien-vivre et du bien-dépenser, de connaître, si je puis le dire, l’économie de la dissipation. En un mot, pour passer centaure du beau monde, il faut remplir plus de conditions que pour passer député, ambassadeur ou ministre. — La galanterie n’est pas de rigueur.

De là, sans doute, le petit nombre de centaures vraiment éminens en Angleterre et en France.

Chez nos voisins, on cite : le comte Sandor, noble Hongrois qui a fait les délices de Melton Mowbray, ce quartier-général dit sport anglais. Après lui M. Peltier, le plus renommé coureur dans l’art de franchir les barrières. Rien de plus divertissant que de l’entendre narrer ses exploits. Entre autres; il vous racontera, comme quoi il a sauté par dessus une grille, deux lords et un baronnet. Le fait est que, son cheval étant lancé au moment où les deux lords et le baronnet essayaient d’ouvrir cette grille, le comte Peltier n’avait pu le retenir et avait passé par-dessus.

Il n’existe pas en Angleterre, soit à la chasse, soit dans une course, un meilleur cavalier que M. de Normandie, qui, depuis douze ans, a été de beaucoup de parties en Angleterre, et entre autres dans le Dorsethire, où les doubles clôtures exigent une main qui sache tenir la bride. M. de Normandie monte des chevaux qu’il dresse lui-même en perfection.

Le comte de Matuschewitz se distingua dans le comté de Leicester, et je me rappelle qu’il ne fut pas des derniers à la poursuite d’un renard qui nous fit courir une heure et quarante minutes.

Le comte d’Orsay est un brave écuyer, quoi qu’il ne persévère pas toujours dans une longue course ; mais dans un élan de vingt minutes, il faut être fameux pour le dépasser.

Un baron allemand dont le nom m’échappe, vint l’année dernière à Melton pour y acheter quelques chevaux de chasse pour le prince Albert, et franchit très lestement une barrière à cinq barreaux. Je citerai encore un excellent cavalier d’Allemagne, le comte Vost, qui tiendrait tête aux meilleurs chasseurs.

En France, on cite déjà plusieurs gentlemen remarquables dans l’art hippique.

Les ducs d’Orléans et de Nemours sont de bons cavaliers dans le style anglais, calme et aisé. Ils montrèrent, dit-on, un grand aplomb dans la course au clocher qu’ils firent, et qui se fut renouvelée sans leur père qui y mit son veto.

Le comte Edgar Ney, frère du brave prince de la Moskowa, est un parfait cavalier à la chasse et dans une course. Il a la vigueur et le nerf d’un boule-dogue ; il ne lui manque qu’un peu plus d’usage pour être au nombre des meilleurs gentlemen jockeys de France. Son frère, le prince, serait un aussi bon cavalier qu’il est bon militaire ; mais j’espère qu’il renoncera aux steeple-chases après avoir failli y perdre la vie.

Le meilleur cavalier de course que nous ayons en France est le comte Adolphe de Vaublanc, qui manie si bien son cheval et ressemble à un vrai jockey d’Angleterre. Enfin, le goût des courses faisant des progrès, l’aristocratie française y a ses champions, qui s’y distingueront de plus en plus. Je les engage à y apporter plus de prudence que certain comte, qui, à l’avant-dernière course de Chantilly, entreprit de monter sans préparation une rude jument (hard pulling mare), et tomba épuisé à quelques pas de sa porte. »

« Coulisses du Monde du Cheval. Les Centaures actuels », Les Coulisses : petit journal des Théâtres, de la Littérature, de la Bourse et des Modes,  4 novembre 1811, p. 2. Source : Gallica (domaine public).

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