From Calamity Jane

Calamity Jane n’est pas une figure de fiction, elle a bel et bien existé au XIXe siècle. C’est la seule certitude que l’on peut avoir actuellement. Qu’en est-il de ses lettres destinées à sa fille, son seul témoignage écrit alors qu’on la disait analphabète ? Elles font débat, c’est certain : imposture de la fille supposée ou véritable récit épistolaire de l’ouest, rien n’est tranché.

Voici en tout cas deux extraits qui abordent le vécu cavalier de Calamity Jane

10 mai 1893

Certains pensent que le monde doit les entretenir, mais il ne doit, n’a jamais dû et ne devra jamais à personne les moyens de vivre. Je pense prendre une ferme à l’ouest de Billings, en amont de Canyon Creek. Mon cheval Satan est mort. Je l’ai fait enterrer dans les collines, près de Deadwood. Il était si vieux, lui aussi. Rien ne l’a rendu malade, sinon la vieillesse. Il faisait tant  de choses gentilles. Il s’agenouillait pour que je mette pied à terre, donnait la patte et comprenait tout ce que je lui disais. J’avais un sac d’avoine : il venait chaque jour à ma porte pour en avoir une écuelle. Je puisais l’avoine devant lui dans le sac. Un jour, il est venu, je lui ai montré le sac vide et lui ai dit qu’il n’y en avait plus. Il est parti vers les collines et n’est jamais revenu m’en demander. Il savait. Il comprenait. Bon, voilà que je mouille ce vieil album de mes larmes en pensant à mon pauvre vieux copain fidèle.

25 juillet 1893

Je pars la semaine prochaine rejoindre le Wild West Show de Bill Cody. J’imagine que tu te demanderas ce que je vais faire là-bas. Je monte un cheval à cru. Je me tiens debout sur son dos, je jette en l’air mon vieux Stetson et je tire deux fois sur lui avant qu’il me retombe sur la tête. Je ferai toutes sortes de trucs à cheval, du tir acrobatique, et bientôt, quand le spectacle sera prêt, peut-être toi et ton papa Jim serez-vous là pour me voir. Bien sûr, tu ne sauras pas qui je suis, mais je saurai que tu es ma petite fille à moi, bien que tu aies grandi.

 

Calamity Jane [Martha Jane CANARY], Lettres à sa fille, Paris : Payot & Rivages, coll. Rivages poche, 2014, pp.69-70 et p. 73. Trad. de l’américain par Marie Sully et Gregory Monro.

Publicités