Propos sur les écuries | J. Hawkes

Monologue du maître sur son passé à son cheval Pétrarque

-Qu’est-ce que la demeure d’un homme, commença-t-il, sinon un reflet de son écurie ? Ou, mieux encore, qu’est-ce que l’écurie d’un homme sinon le portrait exact de la demeure dans laquelle il vit ? Et qu’est-ce que l’écurie, sinon la mesure du caractère de cet homme ? Écurie en état de délabrement, homme immoral – c’est une chose dont tu peux être sûr, Pétrarque ! Au contraire, écurie parfaite, homme vertueux

[…]

Les écuries étaient alors aussi vastes que le manoir et, tant par le plan que par l’architecture, ressemblaient à un temple. Pense donc, Pétrarque, un temple ! Et qu’il était long, ce temple, rectangulaire, et comme ses côtés, dans le sens de la longueur, s’arrondissaient jusqu’à son toit voûté couvert d’ardoises ! Il faisait sombre et frais à l’intérieur, l’ordre y régnait et, bien qu’il y eût des boxes séparés, les chevaux étaient libres d’aller et venir à leur guise dans cette immensité, en prenant garde d’éviter les chiens paresseusement allongés ici où là et les poussins impavides qui couraient au hasard sous leurs pas.

Mais le plus réussi, dans ces écuries, c’était le plafond, car il avait été peint d’une couleur bleu pâle et parsemé d’étoiles qui perdaient leur éclat ! Le ciel, Pétrarque ! Un haut ciel d’été arrondi au-dessus des têtes – n’était-ce pas merveilleux ? Jour après jour je me cachais, raide comme une sentinelle, dans les recoins ombreux de cette somptueuse écurie, je sentais l’odeur des chevaux, les regardais passer dangereusement près de ma cachette, où je m’adossais à tout moment pour regarder avec délice au-dessus de moi ce ciel à jamais protecteur des animaux sages et obéissants qu’il abritait…

 

John HAWKES, Autobiographie d’un cheval, Paris : Seuil, coll. fiction & cie, 1995, pp. 229-230. Traduit de l’américain par François-René Daillie.

N.B : Ajout d’un saut de ligne pour faciliter la lecture.

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