La passion équestre | J. Garcin

Je tente d’expliquer que le cheval n’est pas seulement un animal mythique, c’est aussi un langage universel. Peut-être le seul, en ce début du XXIe siècle, à pouvoir réconcilier les peuples que parfois l’idéologie oppose et les cultures que souvent l’Histoire distingue, à donner de la noblesse aux humbles et de la modestie aux héritiers, à inventer en quelque sorte une aristocratie populaire. On parle cheval dans les plus vieilles civilisations comme dans les plus jeunes, dans les pays les plus riches comme dans les contrées les plus pauvres, au Montana comme au Lesotho, à Sienne comme à Lahore, sous les lustres des légendaires académies vouées à l’art de la pirouette comme dans les plaines arides où la vie est en sursis perpétuel, à tous les âges, dans tous les milieux, sous toutes les latitudes, au Nord comme au Sud, à l’Ouest comme à l’Est.

Pour bien parler cheval, il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’utiliser beaucoup de mots, ni d’avoir lus les traités des grands maîtres. Qu’il soit mongol, allemand ou sioux, le cavalier est, par essence, un taiseux, au mieux un chuchoteur. Il ne sait pas faire de beaux discours. Il préfère l’onomatopée à la rhétorique, la maxime à la tragi-comédie. S’il s’exprime, c’est avec son corps et s’il se confie, c’est avec son assiette. Pour nous l’assiette est le centre du monde.

Jérôme GARCIN, ‘4 août’, Cavalier seul : journal équestre, Paris : Gallimard, nrf, 2005, p. 267.

N.B : j’ai ajouté un retour à la ligne, non présent dans le texte original, afin de faciliter la lecture.

 

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