Le Centaure théâtral | Novarina

Valère Novarina (auteur de théâtre, essayiste, peintre et metteur en scène) s’exprime sur l’interaction entre l’acteur et son texte en prenant l’exemple de Daniel Znyk, acteur de théâtre qui a été pensionnaire de la Comédie Française (2004-2006).

 

Entre l’écrivain et l’acteur, il naît un couple animal. Cheval et cavalier : rôles interchangeables. Il y a union de deux animaux : celui qui a écrit et celui qui joue. Un corps à deux apparaît. Entre un centaure composé de l’animal du texte et de l’animal acteur. Il y a ‘corps à corps’ et formation d’un être nouveau entre les lettres sur la page et le souffle sur scène. Un corps à corps où deux respirations viennent se croiser. Ou plutôt trois, car tout vient se tresser, se tisser au corps et à la respiration du spectateur : il est lui aussi pris dans le combat des souffles. J’assiste au contact, à la lutte, aux combats, aux nouages et aux dénouements de ces trois animaux-là : le spectateur, l’acteur – et l’animal du langage.

En travaillant avec l’acteur, j’assiste à cette étrange union : lettres et chair forment un centaure : je vois cette scène avant qu’elle apparaisse aux yeux de tous. L’acteur est agi par le texte, et le théâtre d’une passion : tout se joue pour lui, au style indirect et par renversement d’actes, ricochets et comme dans un miroir… Le théâtre est spectral et opère une croisée et inversion de l’espace et des mots comme une partie de quatre coins, un écartèlement des sujets, une quadrature du moi. On ne sait qui est l’auteur de quoi : le langage est répandu et se déverse en drame visible. Daniel écrit et je joue. Les objets se parlent. Le drame inhumain du langage apparaît.

Valère NOVARINA, extrait du chapitre « Entrée d’un centaure », L’Envers de l’esprit, Paris : P.O.L, 2009, pp. 41-42.

Site officiel de Valère Novarina : http://www.novarina.com/index.php

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