Définition de l’art équestre | Pradier

Deflandre, écuyer de L’École des centaures – roman de Pierre Pradier – s’attelle à définir ‘l’art équestre’ :

L’art équestre est multiple, d’évidence certains parcours de saut d’obstacle ou de concours complet confinent à l’art, mais l’œuvre d’art, le cheval dressé, naît selon la formule consacrée  »de la parfaite réalisation de l’homme-centaure, le cheval se mouvant comme de lui-même en réponse aux aides invisibles du cavalier ». En réalité l’œuvre d’art réside en entier dans la présence de ce cheval, dans l’élégance et la majesté de ses attitudes, dans la justesse de sa locomotion, la souplesse et le brillant de ses allures. Cette présence, cette locomotion, ces allures générant l’émotion artistique sont inhérentes à ce cheval, elles existaient potentiellement chez le poulain et le cavalier n’en est que le révélateur. En d’autres termes, le tableau préexiste dans la toile nue, la statue dans le bloc de marbre brut, et de ce fait cette toile n’autorise qu’un seul tableau présentant toutes les qualités de l’œuvre potentielle, le bloc de marbre une seule statue. Ne serait-ce pas comparable à ces sculpteurs rustiques qui, trouvant un morceau de bois, le regardent longuement, le palpent, le reposent, l’abandonnent pour le reprendre enfin et, sentant ce qu’il est, entreprennent l’ouvrage ; comparable à ces chamans inuits qui écoutent patiemment une pierre pour découvrir quel animal se cache dedans avant de le sculpter. […]

Envisager ainsi l’équitation et le dressage n’est pas une simple spéculation intellectuelle. Cette démarche permet de se rendre compte que, contrairement à l’opinion généralement répandue, le résultat d’un dressage réussi, s’il est exacte et totale quintessence du cheval, sera indépendant de la culture équestre du cavalier, de son école, de sa méthode. Le résultat ne dépend que du cheval et de sa qualité.

Cette démarche autorise également à parfaitement cerner l’action du dresseur : par son sentiment artistique et son talent, par sa parfaite maîtrise de la technique, le cavalier aide le cheval à se trouver, à trouver ses bonnes cadences, ses attitudes justes, ses allures justes, repérant les difficultés et les palliant par un procédé adapté, dosant savamment les exercices et les assouplissements en fonction de l’état physique et moral de ce cheval.

Cette démarche permet enfin d’affirmer l’unité de l’équitation classique et de l’équitation de sport : la mise en place de la locomotion et des allures, l’élaboration progressive de la musculature sont évidemment identiques quelle que soit la discipline, dressage, saut d’obstacle ou concours complet, seul le niveau de rassembler nécessaire et l’entraînement différeront.

Pierre PRADIER, L’École des centaures, Monaco : Rocher, coll. Cheval Chevaux, 2004, pp. 233-234.

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