Le Cheval de manège

Avec humour, Gustave Le Bon décrit les chevaux de manège et leur rapport au cavalier :

Ce sont, en général, des bêtes vénérables approchant des confins de l’existence, auxquelles les dures leçons de la vie ont enseigné une douce philosophie composée de résignation et de tolérance. Elles savent que leur destinée est de supporter plusieurs heures par jour des apprentis cavaliers dans lesquels elles n’ont aucune confiance, mais leur bienveillance est assez grande pour supporter leurs maladresses, et les rectifier au besoin. Leur indifférence à l’égard du cavalier qu’elles portent est complète. Elles le considèrent comme un fardeau gênant, sans doute, mais des mouvements duquel il serait bien inutile de se préoccuper. Tous les ordres donnés au manège par le professeur : trot, galop, arrêts, voltes, changements de main, etc. étant scrupuleusement exécutés par l’animal, les élèves sont aussi satisfaits du cheval que d’eux-mêmes. Un cavalier subtil n’aurait qu’à mettre les mains dans ses poches pour constater que le cheval exécute toutes les manœuvres à la voix de l’écuyer instructeur, mais sans se préoccuper en aucune façon des agissements de son cavalier.

Au dehors, ces pacifiques bêtes se comportent avec la même indifférence. Elles sauront parfaitement rectifier les maladresses du cavalier qui les dirige sur un obstacle, croyant les faire passer à côté. Pour peu que leur cavalier d’occasion ne les agace pas trop, elles marcheront tranquillement le nombre d’heures réglementaire, puis reprendront avec la même placidité le chemin de l’écurie sans s’occuper des protestations du monsieur qu’elles portent. Si ces protestations sont trop vives, le cheval fera juste le nombre de mouvements nécessaires pour déposer à terre son cavalier, le flairera parfois avec un visible intérêt, puis reprendra philosophiquement le chemin de l’écurie pour recevoir le picotin d’avoine bien gagné.

Gustave Le Bon, L’Équitation actuelle et ses principes : recherches expérimentales [4 éd. refondue], Paris : Flammarion, 1913, pp. 254-255.

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