Le Dieu des quadrupèdes donne la parole | Baucher

Le cheval prêchait déjà la bonne parole au XIXe siècle

Baucher et J-C Pellier écrivent à deux mains un dialogue sur l’équitation où le dieu des quadrupèdes engage une discussion entre un cavalier et un cheval qui entretiennent des relations conflictuelles. Les auteurs profiteront par ailleurs de cette oeuvre pour exprimer leur doctrine équestre dans la bouche du cheval et mettre en lumières les dérives (toujours actuelles) de la pratique équestre de certains cavaliers…

 Première tirade : le Dieu Hippothéo

Assez de coups d’éperons et de cravache ont été distribués souvent sans discernement ; assez de ruades et de sauts de toute espèce y ont répondu, et cela sans protocole, sans déclaration de guerre préalable. Il est temps que cela finisse ; il est temps qu’après ce duel, vienne l’explication. Qui sait même si je ne ferai pas déjeuner ensemble les parties belligérantes ? Il est vrai qu’une petite difficulté s’opposait à l’explication : je la lève. Quadrupède, tu vas parler. Fais usage de tous les moyens que peuvent te donner les sciences physiques et anatomiques ; dis si les rigueurs qu’exercent sur toi ces impérieux cavaliers sont bien ou mal à propos employées, ou si tes élans de méchanceté sont dans ton caractère. En vertu de ma toute-puissance, je t’accorde pendant une heure le don de la parole.

Et toi, bipède, tu parleras à ton tour ; tu m’adresseras tes plaintes, tu en feras valoir la justesse. Je veux savoir si tu es digne du présent le plus noble et le plus utile que tu tiennes de la nature pour alléger tes peines et tripler tes jouissances. Mais surtout évitez les personnalités et les grossières injures, qui ne prouvent rien. Commencez donc, et comptez sur mon impartialité.

François BAUCHER, Dialogues sur l’équitation ; premier dialogue entre le grand Hippothéo, dieu des quadrupèdes, un cavalier et un cheval, Paris, 1834, 26 p. Avec Jules-Charles Pellier.

Extrait tiré de la 10e éd. des œuvres complètes de Baucher, pp. 311-312.

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