La locomotion (problématique) du centaure

L’Enlèvement de Déjanire par le centaure Nessus est une scène mythique largement représentée par les arts.

Un bref résumé de l’action : le centaure Nessus, avec le consentement de l’époux Hercule, est chargé d’emmener sur son dos Déjanire sur l’autre rive du fleuve Evène tandis que le héros traverse à la nage. Celui-ci est à peine parvenu à l’autre rive que le centaure tente de faire violence à Déjanire, Hercule lui décoche une flèche (trempée du sang de l’hydre) et le blesse mortellement. Le centaure confie alors sa chemise à Déjanire en lui assurant qu’elle ferait revenir son époux si celui-ci se laisse tenter par d’autres femmes. Jalouse de Iole, Déjanire confiera la chemise à Héraclès. Elle brûlera le héros sans qu’il puisse sans défaire, de désespoir l’épouse se suicidera et Héraclès se laissera mourir.

Analyse par l’écuyer Charles Raabe d’une sculpture d’Alexandre Schonewerk intitulée Enlèvement de Déjanire, morceaux choisis :

Donc pour être exact, tel qu’était le fils d’Ixion et de la Nue, le centaure, devrait être revêtu de sa chemise, au moment représenté par le groupe de M. Schonewerk, et il en est dépourvu. Première observation.

Le centaure, sans chemise, figurera à merveille dans la perspective d’un jardin impérial, il ne manque pas de tournure, ni d’action et cependant sa marche est complètement irrégulière.

Quel est donc son allure ? Voici une étude de locomotion – That is the question.

Le centaure sort de l’onde. Pour grimper le talus, il étend le membre antérieur droit, ce qui est en harmonie avec l’animation de l’ensemble du groupe. […]

L’artiste a voulu, évidemment, représenter le centaure marchant au pas ; mais, par suite de son manque de connaissance des lois qui règlent le mécanisme animal, il a donné au centaure, la pose d’un cheval exécutant la 2e foulée d’un pas de galop, désuni du bipède diagonal droit. […]

Il est à supposer, qu’un centaure au galop désuni, reçoit les mêmes impressions qu’éprouverait un cavalier. […]

Si donc le centaure, acheté par le ministère des Beaux-Arts, est mal à son aise pour enlever la belle Déjanire, tant pis pour lui.

Pourquoi prend-il une attitude – hors de son aplomb ! S’il a de violents efforts à faire pour cet enlèvement et s’il s’échine, tant pis pour lui.

Pourquoi prend-il une pose qui lui fait – perdre de sa force ? […] »

Charles RAABE, Théorie raisonnée de l’école du cavalier à cheval à l’usage de MM. les Instructeurs, [Paris] : M. Loignon et P. Dupont et Cie, 1870, pp. 273-274.

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