Hommage aux montures

En 424 avt JC, Aristophane créé et présente sa pièce de théâtre Les Cavaliers pendant les Lénéennes de janvier. Il s’agit d’une comédie qui critique Cléon et sa politique notamment concernant la guerre du Péloponnèse qui dure depuis dix ans et oppose Athènes à Sparte. Les Cavaliers, la caste qui compose la cavalerie athénienne (citoyens assez riches pour se payer un cheval et l’entretenir). et opposants de Cléon ont accepté de jouer le rôle du Coryphée dans la pièce d’Aristophane.

Dans le court extrait qui suit, le Coryphée des Cavaliers assure un intermède dans l’action de la pièce, ils en profitent pour rendre hommage au poète, à leurs ancêtres et enfin à eux-mêmes. Ne pouvant faire directement leur propre éloge, ils le dérivent humoristiquement vers leurs chevaux :

Nous partageons les secrets de nos chevaux et nous voulons aussi les célébrer. Oui, ils sont dignes qu’on leur rende hommage. Car en bien des affaires ils ont soutenu ferme avec nous assauts et batailles. Encore n’est-ce pas tellement à leurs exploits terrestres que va notre admiration, qu’aux occasions où ils sautèrent, en braves gens, dans leurs navires de transport, non sans avoir acheté des gamelles, et même, certains, de l’ail et des oignons. Et de saisir l’aviron comme nous autres les humains, et de souquer dur en hennissant : ‘Hue hisse ! hue hisse ! Halez ! souquez plus fort ! Qu’est-ce que c’est que ce travail ? Vas-tu en mettre un bon coup, Alezan ?’ Et de sauter à terre devant Corinthe. Alors, les plus jeunes avec leurs sabots creusaient des abris et allaient en corvée de fourrage. Au lieu de luzerne, ils mangeaient les crustacés qui mettaient le nez dehors, et ils allaient même les forcer jusqu’au fond des eaux ; c’est ce qui, de l’aveu de Théoros, fit dire à un type de Corinthe (ce panier de crabes !) : ‘Flots de dieu ! c’est tout de même raide, si je n’arrive pas, ni au fond des eaux, ni sur terre, ni sur mer, à échapper aux Cavaliers !’ « 

ARISTOPHANE, Les Cavaliers in Théâtre Complet I, trad. de Victor-Henry Debidour, Paris : Gallimard, coll. folio classique, 2002, p. 157.

Publicités