Introduction à l’histoire du cirque

Si le cirque dans son expression contemporaine ne fait plus la part belle au cheval et à la haute école, il en était autrement à ses débuts. Les productions circassiennes offrent une évolution surprenante au cours des siècles tout en ne cessant d’interroger les registres narratifs et les formes d’expressions spectaculaires.

 Acte de naissance

C’est au XVIIe siècle, en Angleterre, qu’est né ce que l’on nomme le cirque moderne avec sa piste ronde et ses numéros spectaculaires. Son naisseur est Philip Astley, un militaire sergent-major revenu glorieux de la Guerre de Sept-Ans. Celui-ci a le premier l’idée, non pas de présenter ses qualités équestres devant un public – les ‘saltimbanques’ le faisaient déjà – mais de se produire sur cette fameuse piste circulaire où l’on payait pour entrer, ce qui lui apporta une certaine respectabilité en le distinguant des forains qui faisaient la quête à la fin de leur prestation (Boissieu : 95). Revenons un bref instant sur la piste : sa norme est immuable depuis Astley, elle fait 13 mètres de diamètre et ce n’est pas un choix anodin. De la longueur d’une chambrière, elle facilite le travail de l’écuyer et de sa monture. Elle évite la difficulté des coins des terrains rectangulaires, favorise l’équilibre centrifuge et la régularité des allures.

Lithographie de Lasaille in François Baucher, Œuvres complètes [10 éd.] 1854
Lithographie de Lasaille in François Baucher, Œuvres complètes [10 éd.], Paris : Dumaine, 1854. Détail du pdf de Gallica.
Le principal concurrent d’Astley s’installe en 1782, il s’agit du Royal Circus and Philharmonic Academy qui en plus d’utiliser pour la première fois le terme cirque est aussi celui qui a introduit une scène adjointe à la piste (Jacob : 39-47). Le cirque s’exporte en France avec Philip Astley lorsque celui est convié par Marie-Antoinette à se produire à Fontainebleau et ensuite à Versailles. Il installera même le premier cirque en dur en octobre 1783 : l’Amphithéâtre Astley, rue Faubourg du Temple à Paris. Survient la période trouble de la Révolution Française qui oblige l’écuyer à retourner en Angleterre (Boissieu : 96). Le bâtiment sera repris par les Franconi en 1793 qui ouvrira par la suite son propre établissement : le Théâtre d’équitation en 1802 puis le Cirque Olympique en 1807. Le XIXe siècle verra en France son âge de gloire en la personne de Baucher, associé de Jules-Charles Pellier et de Laurent Franconi.

Qu’y jouait-on ?

La première représentation donnée le 7 avril 1768 proposait des exercices militaires courants dans les régiments de cavalerie : escrime et maniement de sabre, mouvements de charge et d’attaque mais aussi de la voltige (qui servait d’entraînement gymnique à la pratique de l’équitation) ainsi que de la haute école, les militaires anglais de l’époque devaient en effet être capable de dresser leur propre monture jusqu’à ce niveau de pratique. À ces prestations, s’ajoutent bientôt des interludes comiques qui se réalisent à cheval, des « scènes de manèges » ou « burlettas ». Peu à peu les numéros vont évoluer vers des trames plus complexes jusqu’à présenter de véritables pièces de théâtre et des productions scéniques de grande envergure (hippodrames et pantomimes) avec une scène accolée à la piste.

 

astley programme gallica
Portrait d’Astley fils suivi du programme du spectacle, XVIIIe. Source Gallica (domaine public)

Ces créations circassiennes vont très rapidement être en concurrence avec les théâtres et la question des exclusivités va se poser. C’est la Licensing Act en Angleterre (depuis 1660) et les lois du Code Napoléon (de 1806 et 1807) en France. Il s’agit de lois qui régissent les acteurs de théâtres et les productions théâtrales. Des privilèges royaux sont accordés à certains théâtres (major theatres), on leur donne par exemple un droit à la parole : ils acquièrent le droit de jouer des pièces de théâtre parlées. Les productions circassiennes font d’abord partie des muets forcés (minor theatres). La censure étant plus ou moins bien contrôlée, les cirques ont pu garder un certain lien avec le théâtre dans la structure narrative de leurs créations par le biais de certains subterfuges : le mime et la présence des chevaux (Hodak-Druel et Kwint).

Et après ?

Ces spectacles équestres vont décliner peu à peu. La cause principale semble être une certaine lassitude des spectateurs pour ces représentations répétitives où la surenchère spectaculaire détenait une part trop importante. Les directeurs de cirque vont alors diversifier leurs activités : clowns, acrobates aériens, jongleurs vont prendre possession de la scène ainsi que des animaux plus exotiques reléguant peu à peu les chevaux dans un rôle secondaire. Aujourd’hui on constate d’ailleurs que les directeurs de cirque traditionnel ne sont plus les écuyers mais le plus souvent les dresseurs d’animaux sauvages.

Traversant tant bien que mal les années de guerre, connaissant la vague des grands cirques à l’américaine (Barnum pour le plus connu), le cirque semble se cliver au XXIe siècle. À l’aube des années 1970, deux grands mouvements se dessinent :

– une préservation de la tradition circassienne que l’on trouve chez certaines troupes (les grandes familles surtout : Pinder, Grüss) qui sont rattachées à l’expression « cirque traditionnel ».

– une tension vers l’esthétique théâtrale, ou du moins vers un renouvellement des pratiques circassiennes. Nommé « nouveau cirque » ou « cirque contemporain », il semble plutôt s’exprimer chez les artistes autodidactes et venant d’autres milieux socio-économiques.

Le cheval, et de manière général les animaux, apparaît plutôt délaissé par le nouveau cirque, des compagnies se détachent pourtant avec une spécificité équestre et un rattachement particulier au cirque : le Théâtre équestre et musical Zingaro dirigé par Bartabas et le Théâtre du Centaure de Camille et Manolo.

Les autres articles sur les narrations circassiennes :

  1. Scènes de manèges
  2. Pantomimes
  3. Hippodrames
  4. Gloires militaires

Sources bibliographiques qui ont permis la rédaction de cet article :

Paul Adrian, Le Cirque commence à cheval : l’histoire illustrée de la voltige, des élévations de la haute-école, des évolutions de la cavalerie et de pantomime équestre, Paris : Adrian, coll. l’encyclopédie du cirque, 1979, 104 p.

Manfred de Boissieu, « Le Cirque : chapiteaux des arts équestres », Jours de Cheval, 2015, n°7 : avril-mai-juin, pp. 92-100.

Caroline Hodak-Druel et Marius Kwint, « À la recherche d’une identité : le cirque et le théâtre en Angleterre et en France (1768 et 1864) » [en ligne], L’Annuaire théâtral : cirque et théâtralité : nouvelles pistes, 2002, n°32, p.51. Disponible sur Érudit. Article détaillé sur les lois régissant les productions spectaculaires de l’époque.

Pascal Jacob, Le Cirque : du théâtre équestre aux arts de la piste, Québec : Larousse/ Vuef, coll. Comprendre et Reconnaître, 2002, 263 p.

A. H. Saxon, « The History of a phenomenon », Enter foot and horse : a history of hippodrama in England and France, New Heaven and London : Yale University Press, 1968, pp. 1-29.

Sur la question des courants circassiens actuels (articles non équestres) :

Marine Cordier, « Le Cirque contemporain entre rationalisation et quête d’autonomie », Presses de Sciences Po/ Sociétés contemporaines, n°66, 2007, pp. 37-59. Disponible sur Cairn.

Marine Cordier, « Corps en suspens : les genres à l’épreuve dans le cirque contemporain », Cahiers du Genre, n°42, 2007, pp. 79-100. Disponible sur Cairn.

Francine Fourmaux, « Le Nouveau Cirque ou l’esthétisation du frisson », Ethnologie française, vol. 36, 2006, pp. 659-668. Disponible sur Cairn.

Magali Sizorn et Betty Lefevre, « Transformation des Arts du cirque et identités du genre », Staps, n°61, 2003, pp. 11-24. Disponible sur Cairn.

Image à la Une : [Ecuyère et clown] Lithographie, 76 x 60 cm, 1890-1900, Paris : imp/ J. Weiner, source Gallica.

[Article mis à jour le 25/10/2015]

4 commentaires

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.